À Montpellier, un thé 100 % local vient d’être mis sur le marché. Porté par Thaïs Lamouroux, seul Français maître d’art et évaluateur de thé certifié par la Chine, le projet repose sur une culture en aéroponie en sous-sol, développée avec des chercheurs et partenaires scientifiques, garantissant un thé sans pollution et aux principes actifs renforcés.

Dans un écrin à l’abri des regards, derrière le lourd portail d’un garage désaffecté, un thé unique et exceptionnel a été conçu. Et il est 100 % montpelliérain. Depuis quelques jours, il est même disponible à la dégustation. Pourtant, il est bel et bien impossible de faire pousser du thé à Montpellier. Le climat, le sol… rien n’est propice.
Jusqu’à ce qu’un passionné de thé qui a voué sa vie à ce breuvage, à sa culture et à tout ce qui l’entoure, tente l’impossible.
Seul Français à être Maître d’art du thé et évaluateur de thé
Lorsqu’il était lycéen, fan des films de Kung-Fu, le jeune Thaïs Lamouroux convainc ses parents et décide de quitter Montpellier pour aller vivre en Chine dans une famille d’accueil. « C’est là que j’ai appris la langue. » Le Montpelliérain y retournera durant ses études de master en droit. « Et c’est là que je suis tombé… dans le thé. »
Le jeune juriste en droit des affaires cumule, un temps, deux vies. « J’avais ma vie professionnelle, et dès que j’avais du temps libre, je me formais. » Il travaille tour à tour dans les champs de théiers, à la récolte, puis au séchage jusqu’à la dégustation. « Je faisais des allers-retours entre la France et la Chine. »
Avant de devenir le seul étranger au monde à être maître d’art du thé et évaluateur de thé. « Des certificats émis par le gouvernement chinois », annonce-t-il avec une pointe de fierté. Et l’homme compte bien réaliser un jour son rêve : avoir des champs de thé en France.
Pour ce faire, il décide de s’y consacrer pleinement. Il quitte son emploi et fait découvrir à tous les amateurs l’art et la culture du thé. Son projet toujours en tête n’avance pas. Jusqu’à ce qu’au détour d’une conversation avec une amie – , hasard ou destinée – cette dernière l’oriente vers un chercheur qui va lui donner une solution.
Une expérience scientifique unique
À Montpellier, le terroir n’est pas adapté pour la plantation de théiers. Alors en partenariat avec Pierre Joram de Green House Keeper, entreprise spécialisée dans la production de plantes hors-sol et avec Yishai Nissan spécialiste de cultures en milieu contrôlé, Thaïs Lamouroux voit son rêve grandir chaque jour sous ses yeux, non pas dans un champ mais dans un… sous-sol.
Le trio se lance dans cette aventure un peu folle et cultive des pieds sélectionnés en aéroponie dans deux pièces dédiées. Chaque théier est ainsi maintenu à une température et une humidité contrôlée et stable et il est vaporisé de manière constante par une brume nutritive. « Les théiers se sentent tellement bien ici dans notre labo du Grenier de la Mosson qu’ils surproduisent. »
Pas de terre, seulement 20 litres d’eau utilisés par an, le procédé scientifique est testé, l’Inrae se joint à l’aventure et les résultats sont incroyables. Et même si ce n’est pas une plantation classique, au bout de longs mois, la première production issue des 350 théiers, est façonnée et récoltée.
Aucune pollution
Ce thé est pur, ce qui là aussi en fait un thé unique au monde. Et ce n’est pas exagéré de le présenter de la sorte. Aucune pollution, aucun métaux lourds, tout est filtré. Même le packaging est réfléchi pour ne pas altérer sa qualité.
Un thé blanc très endurant et savoureux
« Esprit du thé, c’est un thé né, cultivé et façonné à Montpellier », explique son concepteur, pas mécontent de sa récolte de cinq kilogrammes tout de même en 2025.
« C’est ce qui nous permet de le proposer à la vente. » Les amateurs ou curieux auront le choix entre deux boîtes de ce thé blanc avec 25 sachets de 1 gramme à partir de 14,90 euros. « Il y a aussi du thé de grade supérieur en feuilles, mais le coût est élevé. » 2 300 euros le kg, une bagatelle.
Le thé 100 % montpelliérain est un thé blanc onctueux et savoureux avec un goût vanillé.
Et pour la petite info, ce thé est très très endurant. Pour les connaisseurs, cela signifie que l’on peut réutiliser le sachet de thé plusieurs fois… C’est écolo, économique et même recommandé par le spécialiste es thé.
Le thé est disponible sur www.thaisetcompagnie.fr mais aussi dans deux points de vente : la pharmacie de la Babotte et au Salon Hippocrates.
Un résultat au-delà de leurs espérances
Le théier est un Camellia sinensis, « camélia chinois ». C’est la seule plante au monde qui possède un acide aminé appelé L-théatine et qui présente de nombreuses vertus « Mon travail, c’est d’essayer d’optimiser ce que la nature nous a donné », précise Yishai Nissan. Et le résultat est plus que probant.
Les analyses sont sans appel et montrent que les principes actifs de ce thé exceptionnel ont été décuplés. « C’est un thé augmenté », souligne son concepteur. « Certains éléments sont 60 % meilleurs qu’au naturel, c’est remarquable », ajoute Yishai Nissan.
Et parmi les 350 théiers et les 28 cultivars (cépages), un plant est sorti du lot. « On l’a surnommé notre « Lionel Messi » car c’est notre champion. Il pousse mieux et il est plus chargé en principes actifs », confie en souriant Thaïs Lamouroux. Ses propriétés naturelles étant remarquables, il va être cloné pour améliorer encore un peu plus les bienfaits de ce thé.
Mais le trio ne compte pas s’arrêter là. Au-delà de cette « potion magique », les débouchées pourraient aussi s’orienter vers la pharmaceutique, la cosmétique ou encore les compléments alimentaires… mais ça, c’est la prochaine aventure.