Une institution de la boulangerie française traverse une zone de turbulence. Une procédure est ouverte et l’enseigne a quelques mois pour remettre ses comptes à flot.

On associe souvent les procédures de redressement judiciaire à l’habillement ou à l’ameublement. Cette fois, c’est un nom emblématique de la boulangerie française qui se retrouve au cœur de l’actualité.
L’enseigne Poilâne, connue bien au-delà de Paris, fait face à une période délicate et tente désormais de se donner les moyens de repartir sur de meilleures bases, dans un secteur où les marges sont sous tension et où les coûts pèsent lourd.
Le tribunal des activités économiques de Paris (l’ex-tribunal de commerce) a ouvert une procédure de redressement judiciaire, décidée le 19 janvier 2026. L’objectif n’est pas d’annoncer la fin de l’entreprise, mais de lui offrir un cadre pour se restructurer, indiquent nos confrères de franceinfo.
Concrètement, Poilâne dispose de six mois pour bâtir un plan de continuation et le présenter au tribunal. Une fenêtre courte, mais décisive, pour stabiliser l’activité et remettre l’entreprise sur une trajectoire viable.
Poilâne, une histoire de famille depuis 1932
L’enseigne ne se limite pas à quelques adresses confidentielles. Elle exploite cinq boulangeries à Paris, possède aussi une boutique à Londres, et assure des livraisons de pains et de viennoiseries à des restaurants comme à de grandes surfaces.
Cette organisation, pensée pour répondre à une demande variée, implique aussi une logistique et des charges fixes importantes, particulièrement dans une ville comme Paris où l’exploitation « avec pignon sur rue » se révèle de plus en plus coûteuse.
Poilâne est une maison centenaire au sens où elle s’inscrit dans une longue histoire, portée aujourd’hui par Apollonia Poilâne, troisième génération à la tête de l’entreprise fondée par son grand-père en 1932. Mais la notoriété ne protège pas de tout.
La société a été affectée par une succession de difficultés, dont des problèmes administratifs, et notamment la fermeture, au printemps 2025, de son site de production de Bièvres (Essonne) pour des problèmes d’hygiène et de sécurité. Un épisode lourd, à la fois sur le plan opérationnel et sur l’image.
Pain au levain, cuisson au feu de bois : un savoir-faire artisanal coûteux à préserver
Dans le même temps, le contexte de marché s’est durci. L’entreprise était déjà fragilisée par la baisse de la consommation, alors même que ses coûts de production restaient élevés.
En 2024, Poilâne avait obtenu l’abandon d’une partie des sommes dues à ses créanciers et un étalement de ses dettes bancaires et sociales sur plusieurs années, preuve que les difficultés n’ont pas commencé hier.
Manifestement, ces aménagements n’ont pas suffi à rétablir l’équilibre, surtout dans un environnement où l’énergie, les matières premières et la main-d’œuvre pèsent davantage dans le modèle économique.
Pour les clients, rien ne change à court terme : l’activité se poursuit, les emplois sont intégralement maintenus et la procédure ne modifie pas le fonctionnement quotidien. Reste que l’enjeu est désormais double : trouver une solution financière durable, tout en préservant ce qui fait l’identité de la maison.
Poilâne revendique une fabrication exigeante, à partir de farine de blé broyée à la meule de pierre, de levain et de sel de mer, avec une cuisson au feu de bois. Un procédé artisanal reconnu, mais qui peut aussi s’avérer particulièrement lourd à porter, techniquement comme financièrement, quand le contexte économique se referme.














































