Mercredi 22 avril, le tribunal de commerce a placé l’entreprise mère des enseignes Baillardran en redressement judiciaire. Inflation, covid mais aussi condamnation pour pratiques commerciales trompeuses : les raisons de la chute de l’institution bordelaise sont nombreuses.

Serait-ce la fin de quarante ans d’hégémonie pour la famille Baillardran ? Mercredi 22 avril, le tribunal de commerce de Bordeaux a placé en redressement judiciaire la holding, Will Distribution, propriétaire d’une vingtaine de magasins de cannelés Baillardran. La demande avait été réalisée par Philippe Baillardran, après une tentative de rachat, par un homme d’affaires parisien.
Redressement et liquidation
Dans la kyrielle d’entreprises détenues par la famille Baillardran, Will Distribution représente la majeure partie des boutiques rouges et or, célèbres dans le monde entier. Son placement en redressement judiciaire, le mercredi 22 avril sonne donc le glas pour la petite centaine de salariés qui travaillaient dans les différents magasins aquitains.
En parallèle, selon nos informations, une seconde entreprise, PR8 Développement, détenue par le fils de Philippe Baillardran, Cyril, a quant à elle été placée en liquidation judiciaire lors de cette même audience. Elle était notamment propriétaire des enseignes de Saint-Jean-de-Luz et de celle installée dans les Hangars, à Bacalan.
Selon l’information révélée par nos confrères de Sud-Ouest, lors d’un entretien avec le directeur de la structure, Philippe Baillardran évoquait de multiples facteurs de difficultés financières : la covid ainsi que l’inflation des matières premières et du coût de l’énergie, mais aussi l’amende, de 100 000 euros, infligée par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour pratiques commerciales trompeuses, le 16 janvier 2025.
Cannelés décongelés
Cette sanction était l’aboutissement d’un an et demi d’enquête de la DDPP (direction départementale de la protection des populations) après de multiples alertes de la part, entre autres, de salariés. L’enquête avait alors révélé que, dans certaines boutiques, les canelés vendus “frais” étaient en réalité congelés puis décongelés. Certains ingrédients mentionnés sur les étiquettes étaient absents. Ainsi, la vanille bourbon bio de Madagascar était remplacée par des arômes, le beurre invisible.
Les révélations de France 3 Aquitaine
Des éléments déjà évoqués lors d’une enquête de France 3 Aquitaine sur les pratiques douteuses du géant du cannelé, notamment sur l’hygiène de certaines boutiques mais aussi sur les conditions de travail dégradées. Au total, 14 salariés et anciens salariés avaient témoigné auprès de notre rédaction, dénonçant du harcèlement mais aussi certaines pratiques qu’ils auraient constatées, tels que le stockage de pâte à température ambiante faute de place, ou la présence de nuisibles dans les cuisines.
Lors de ce procès qui ne concernait que les pratiques commerciales trompeuses, le parquet, avait requis une peine de 800 000 euros. Cette dernière avait été réduite “compte tenu de la gravité des faits, de la situation financière de l’entreprise et de l’absence d’antécédents”.
240 000 euros de déficit
Depuis quelques années, l’entreprise est en effet en difficulté. Il y a trois ans pourtant, elle était à son apogée avec un chiffre d’affaires avoisinant les 12,37 millions d’euros. À l’époque, l’institution bordelaise de petits gâteaux est même sélectionnée pour être présentée au roi d’Angleterre, Charles III, lors de sa visite à Bordeaux.
Mais l’année d’après, les finances se réduisent déjà. En 2024, le chiffre d’affaires baisse à 11,1 millions d’euros, soit une baisse de 10%. Une chute confirmée par Philippe Baillardran à nos confrères de Sud-Ouest. Selon le directeur de Bailardran, les recettes n’atteindraient que 8,5 millions d’euros pour 2025, engendrant ainsi un déficit de 240 000 euros et des impayés de loyers.
Face à la concurrence accrue notamment de la Toque Cuivrée, l’institution bordelaise risque donc de disparaître, à moins qu’un repreneur sérieux se manifeste dans les délais impartis. Du côté des 95 salariés, les réactions sont encore discrètes. Ni la CGT ni Philippe Baillardran n’ont pour l’heure répondu à nos sollicitations.